Des champs de blé ceinturant
une petite église plantée au milieu de nulle part aux forêts suspendues entre
ciel et terre, en passant par les villes de Choteau, Great Falls et Warsaw,
John « Thunderbolt » Doherty (Clint Eastwood) et son acolyte Lightfoot (Jeff
Bridges) parcourent au volant de leur voiture, la vastitude majestueuse du
Montana. Au-delà de l’intrigue – une amitié virile, la recherche du butin d’un
ancien braquage, un deuxième cambriolage au canon lourd et une cavale – c’est
bien l’espace magnifié de l’Ouest américain traversé jadis par Lewis et Clark, les
trappeurs et les pionniers, qui fascine et hante les images de Michael Cimino. Le
ciel bleu azur immense semble écraser les montagnes dont les crêtes forment au
loin une ligne déchiquetée, les lacs d’altitude au miroir d’un vert émeraude se
rident lorsque le vent se lève, les rivières argentées serpentent le long des
routes principales ou secondaires, et les petites villes apparaissent comme des
excroissances artificielles, des profanations défigurant cette nature qui
cherche à rester immaculée, virginale comme au matin des origines. L’horizon
lui-même porte si loin que l’oeil s’y perd en le contemplant. Suivre la nature, comme on suit la route en
ligne droite, c’est traverser un espace sacré, mystique, d’une présence
envoûtante et d’une si profonde solitude qu’il faut être deux pour oser s’y
confronter. Mais pour le couple de braqueurs, ce territoire est aussi une
annonce d’exil dès lors qu’il leur permet de s’y fondre pour mieux disparaître.
En ce sens, Thunderbolt et Lightfoot roulent dans leur décapotable, sans se
retourner, dans une fuite en avant qui a tout d’un voyage sans issue, un voyage
qui, au-delà des plaines, des montagnes et des forêts, ne peut coïncider qu’avec
la mort, cette liberté ultime, tragique et incontrôlable.



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