[1]
Propos recueillis dans Lindsay
Anderson en 69 comme en 57 : contestataire, revue Jeune cinéma n°39,
mai 1969, p.4
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Propos recueillis dans Lindsay
Anderson en 69 comme en 57 : contestataire, revue Jeune cinéma n°39,
mai 1969, p.4
L’image est glaçante. S’inspirant du procès des sept de Chicago [1], des manifestations contre la guerre du Vietnam se déroulant sur les campus universitaires, des brutalités policières qui les accompagnent et des assassinats des leaders des Black Panthers, le réalisateur britannique Peter Watkins imagine, en l’exagérant à peine, une répression autoritaire menée par l’administration de Richard Nixon contre les activistes pacifistes, les objecteurs de conscience, les militants pour les droits civiques, les communistes, ainsi que les féministes qui critiquent ses politiques. Punishment Park (1971) est filmé en montage alterné, montrant d’une part, une tente sous laquelle des manifestants, menottés, questionnés, sont condamnés par un tribunal d’exception improvisé, puis d’autre part un groupe de dissidents courant désespérément dans le désert. Très rapidement, nous comprenons que les condamnés ont le choix entre accepter de purger leurs peines dans un pénitencier fédéral ou d’être envoyés dans le Punishment Park pour y subir, contre la promesse de recouvrer leur liberté, une épreuve consistant à traverser, sans eau, ni nourriture, un désert de quatre-vingt-cinq kilomètres en trois jours, dans le but d’atteindre un drapeau américain planté au sommet d’une colline, sans se faire prendre par les policiers et la Garde nationale lâchés à leurs trousses. Filmés par des équipes de télévision, ces détenus tentent le tout pour le tout. Mais le « jeu » est faussé puisque les mêmes policiers ont l’ordre d’abattre celles et ceux qui toucheraient au but, comme ici, la jeune femme mise en joue par un membre des forces de l’ordre.
Le contenu de l’image est extrêmement violent. Un policier, dont le visage est masqué par des lunettes, a la posture du bourreau, anonyme, debout, s'apprêtant à achever sa victime déjà à terre. Déshumanisé, il a été programmé pour devenir une machine à tuer, froide et implacable, le doigt appuyé sur la détente de son fusil à pompe, prêt à exercer la pression nécessaire pour que le coup parte. Nous sentons bien qu’il retient son souffle, comme on le lui a appris et que le sang doit lui battre les tempes. Il se sait, à cet instant, tout puissant, autorisé à tirer au nom de l’uniforme qu’il porte, au nom de l’autorité que des réactionnaires autoproclamés patriotes lui ont conférée. À ses pieds, une détenue, prostrée, épuisée, brisée. Elle souffre et attend le coup de grâce. Ses bras sont repliés sur sa poitrine dans un geste dérisoire de protection. Perçue comme une ennemie, une menace pour la pérennité d’un gouvernement fascisant en état d’urgence et seul responsable de la fixation des règles, elle est devenue, dans cette traque primitive, une proie, une cible. La confrontation dure quelques secondes, dans un silence total, mais elles semblent pourtant s’éterniser. La scène acquiert une dimension encore plus troublante lorsque l’on sait que Watkins, voulant donner plus d’authenticité à ses images, avait recruté des acteurs non professionnels pour jouer leur propre rôle : parmi les militants pacifistes, nombreux étaient ceux qui avaient déjà été arrêtés, soumis à des interrogatoires et emprisonnés, alors que leurs poursuivants étaient interprétés par de vrais policiers ou des gardes nationaux. La caméra de Watkins immerge ainsi le spectateur dans des événements reconstitués pour leur donner l’apparence de la vérité. Cette fiction du réel traduit alors un rapport de force politique impitoyable entre deux sociétés irréconciliables : l’une est convaincue que le pacifisme et la liberté ne peuvent être possibles qu’en luttant contre le bellicisme et le conservatisme réactionnaire de l’autre. Ici se joue une guerre intestine, celle qui divise et qui ronge les États-Unis, brouillant même l’idée de frontières, puisque pour cet État policier devenu paranoïaque, l’ennemi de l’intérieur se superpose au Vietnamien à l’extérieur. Cette violence fondamentale, originelle serais-je tenté de dire, et dont les États-Unis semblent inséparables, gangrène toute l’image en prenant alors valeur de manifeste : Watkins rejoue ici quelque chose de la tension, de la peur, mais aussi de la haine de l’autre qui aboutirent aux fusillades de Kent State (Ohio), le 4 mai 1970, lorsque des membres de la Garde nationale avaient ouvert le feu sur des manifestants anti-guerre en faisant quatre morts et neuf blessés.
Le désert de Bear Mountain en Californie, illuminé par un
soleil brûlant et implacable, où le vent souffle obstinément en créant des bourrasques
tourbillonnantes de sable et de poussière que nul obstacle ne parvient à
ralentir, est devenu une gigantesque prison à ciel ouvert, un centre de
détention politique, le Punishment Park, où l’on ne distingue pourtant ni
barbelés, ni miradors, puisque l’immensité et les conditions climatiques interdisent
à elles seules toute évasion. Watkins filme le désert comme un enfer physique,
un prélude à la mort. La jeune femme à genoux semble vouloir s’enfoncer dans le
sable si blanc qu’il en devient éblouissant, dans cette aridité si absolue
qu’elle se révèle toujours étouffante. En plus du policier menaçant, cet espace
désertique, transformé en lieu de perdition, ajoute donc bien une tension visuelle
supplémentaire dans la composition du plan en matérialisant les objectifs
répressifs des autorités et leur contrôle total du « jeu » puisqu’ils sont les
seuls à circuler en voitures et à disposer de toute l’eau nécessaire. Mais plus
que tout, le réalisateur lui donne aussi la dimension d’un paysage mental, d’un
paysage-miroir dans lequel se reflète une nation américaine gangrenée par les névroses
d’une administration Nixon en pleine dérive fascisante. L’existence de ce désert/camp
de détention trouve son origine dans une loi bien réelle, la loi McCarran,
votée par le Congrès en 1950 en dépit du véto du Président Truman. Cette loi sur
la sécurité intérieure, inique et scélérate mais jamais appliquée, pouvait amener
à l’arrestation de tous ceux qui apparaissaient suspects et à les retenir dans
des centres d’internement « aussi longtemps que le requiert l’enquête sur le
danger supposé que ces individus font courir à la Nation et sans qu’ils
puissent avoir recours à un avocat ou communiquer avec l’extérieur ». Même si cette
loi, reflet direct des tensions liées à la peur du communisme, appartient bien aux
pages les plus sombres de l’Histoire des États-Unis, Watkins, de manière
profondément subversive, nous fait croire, vingt et un après, à son application
par un gouvernement prêt à dissoudre l’État de droit et à autoriser des forces
policières à abattre, hors de tout contrôle et au nom de la sécurité, des
émeutiers. Tiens, c’est curieux, suis-je
bien en train de parler des États-Unis de 1950 et de 1971 seulement ? De Kent
State à Minneapolis en passant par le camp de Guantanamo ou « l’Alligator
Alcatraz », le Punishment Park n’est qu’à quelques pas, sous nos yeux.
[1]
Sept organisateurs de la
manifestation anti-guerre de Chicago lors de la Convention démocrate de 1968
sont poursuivis en mars 1969 par le gouvernement fédéral pour conspiration et
incitation à la révolte.
C’est une peur archaïque abyssale
que celle de ne pas jouir de notre intégrité physique. Près d’un siècle après
sa sortie, Freaks (Tod Browning, 1932) résonne toujours d’une modernité radicale,
d’une audace que le temps ne parvient pas à émousser. Comme toujours chez ce
réalisateur, le motif du corps occupe une place centrale dans le film, au point
qu’il est organisé autour
de thèmes qui lui appartiennent : la marginalité, l’altérité et la cruauté
de l’être humain. La scène se passe dans l’univers clos des coulisses d’un
cirque itinérant, un lieu propice à l’émergence de conflits latents au sein de
la troupe. La trapéziste Cléopâtre (Olga Baclanova) vient de se marier avec
Hans (Harry Earles), un homme de petite taille, non pas par amour, mais pour
mieux l’empoisonner à petit feu et hériter de sa fortune. Ayant découvert la
machination, celui-ci et un groupe rassemblant « des monstres de foire »,
hommes et femmes atteints de handicaps physiques hors norme, dont deux, Half-Boy (Johnny Eck) et Angeleno (Angelo Rossitto), visibles sur
l’image, s’unissent pour punir la coupable et son complice Hercules (Henry Victor).
Cléopâtre, bustier et
collant noirs, large ceinture de dentelle autour de la taille, a le corps qui
justifie son existence. Grande, mince, élégante, d’une beauté électrique, elle s’apprête
à virevolter dans le vide du haut de son trapèze, en se jouant du vertige et de
la pesanteur, lançant des défis à l’équilibre et au monde, forcément à ses
pieds. Elle est la reine du cirque parce qu’elle se déploie au faîte du
chapiteau avec cette forme d’arrogance qui lui sied tellement, puisqu’elle ne perçoit les autres qu’en termes de verticalité, toujours de
haut en bas. Même si la caméra de Browning ne la cadre qu’une seule fois en
femme volante, au début du film et en contre-plongée, Cléopâtre,
au sol, continue de parader tout en faisant de son corps le vecteur de sa duplicité
et de son arrivisme meurtrier. L’acrobate ressemble beaucoup, physiquement tout
au moins, à Nanon (Joan
Crawford), la partenaire d’Alonzo (Lon Chaney), un lanceur de couteaux forain dans The Unknown (Tod Browning, 1927), mais
sans cette peur viscérale que cette dernière ressent au contact des mains des
hommes sur son corps : bien au contraire, telle une Salomé bien consciente
de ses charmes, Cléopâtre magnétise tous les regards et sait jouer des attentes
masculines, qu’elles proviennent de son amant Hercules ou de son mari Hans. Pourtant, intouchable et
rayonnante dans les airs, la trapéziste apparaît beaucoup plus vulnérable au
sol. Lorsqu’elle sort de sa roulotte, cruauté en bandoulière, après avoir
administré une nouvelle petite dose de poison à son mari, son regard, croisant
celui de Half-Boy, suggère un court instant une intimité surprise, un effroi proche
de la sidération. Elle vit cette fraction de seconde où quelqu’un perd le contrôle, mais où rien ne
lui est encore arrivé. Son corps parfaitement normé, finalement plus
dionysien qu’apollinien, davantage porté par l’extase et la démesure que par la
raison et la lumière, n’est toutefois qu’une illusion, une imposture que les « freaks
» ont bien mise au jour. Elle est la forme incarnée de la Bête, une forme
machiavélique porteuse de tous les fléaux, et dans laquelle s’inscrit la perte
de l’humanité. Cette antithèse de la beauté physique et de la noirceur de l’âme,
au cœur du dispositif cinématographique de Browning, est paradoxale si l’on
considère la tradition du cinéma fantastique, qui veut que les déviances pathologiques
perçues comme menaçantes et criminelles, telles celles d’Erik (Lon Chaney dans The
Phantom of the Opera, Rupert Julian, 1925), ou de M. Hyde (Fredric March
dans Dr. Jekyll and Mr. Hyde,
Rouben Mamoulian, 1931) soient étroitement liées à une laideur corporelle.
Mais au-delà de Cléopâtre, c’est surtout Half-Boy et Angeleno qui magnétisent notre
regard. L’anormalité, chez le
premier, est que les mains remplacent les pieds. Homme-tronc, amputé de ses
membres inférieurs, il est toujours revêtu d’une veste de smoking et évolue en silence,
avec aisance, dans ce dédale de roulottes, de chaises, de tabourets de cirque
et d’objets divers. Sous la roulotte, le second, quant à lui, Angeleno, n’est pas mutilé, mais seulement,
comme Hans, de petite taille. Cette fascination qu’a Browning pour l’altérité corporelle traverse
toute son œuvre. Avec l’aide de son acteur fétiche Lon Chaney, le prince du
maquillage et de la métamorphose, il est
passé maître dans l’art de l’illusion, du simulacre, du spectacle donc : souvenons-nous
de Dan Tate échappant à la police en prenant l’apparence d’un infirme (The
Blackbird, 1926), d’Alonzo, un homme sans bras lançant des couteaux avec
ses pieds (The Unknown, déjà cité) ou encore de Phroso, un artiste de music-hall devenu
paraplégique utilisant ses bras pour se déplacer (West of Zanzibar, 1928,
le dernier film réalisé avec Chaney). Mais cette mise en scène des apparences et
du déguisement n’existe pas dans Freaks. Nul effet spécial, nul truquage
pour simuler le handicap, nulle mystification. Contrairement à Olga Baclanova, qui joue Cléopâtre,
Johnny Eck est Half-Boy comme Angelo Rossitto est Angeleno. Ils incarnent à
l’écran ce qu’ils sont en réalité, faisant du plateau de tournage le lieu de la
vie elle-même. Juste des corps meurtris, altérés, inaccessibles à la guérison. Ne
voyant le monde qu’à l’horizontale, au ras du sol, ils sont des abîmés de la
vie, des disgraciés que la naissance a marginalisés, y compris dans les studios
de la MGM où ils mangeaient à l’écart de l’équipe de tournage, et jusque dans
la troupe du cirque. Qu’y font-ils ? Browning ne le montre pas mais nous savons,
en réalité, que ces « phénomènes de foire » étaient alors exhibés à distance du
chapiteau pour des spectateurs en mal de voyeurisme et de sensations fortes. Half-Boy
et Angelino savent, comme tous leurs compagnons d’infortune, qu’ils sont
regardés par Cléopâtre et les autres, tous les autres, au pire comme des
monstruosités, au mieux comme des curiosités forcément malsaines. Pourtant le
réalisateur nous dit tout autre chose en faisant d’eux le miroir inversé de la
jeune femme : des corps réduits et
donc singuliers, mais des psychés dont les désirs, les émotions et les espérances,
jusqu’à la volonté d’exercer sur Cléopâtre, en conscience, la plus cruelle des
vengeances, leur permettent d’accéder à l’universel.
Dan Ballard (John Payne, à
gauche) est depuis deux ans un citoyen sans histoires, respecté de tous et
parfaitement intégré dans la communauté de Silver Lode. Mais le jour de son
mariage avec Rose Evans (Lisbeth Scott), sa vie bascule lorsqu’un groupe de
marshals patibulaires, dirigé par un certain Ned McCarthy (Dan Duryea, à droite)
débarque en ville avec un mandat d’arrêt contre lui pour le meurtre du frère de
ce dernier. Cherchant à prouver son innocence, alors que tout l’accuse, Ballard
doit se battre autant contre les citoyens devenus soupçonneux et qui se sont
retournés contre lui, que contre McCarthy et ses complices. Le sous-texte du
film est bien évidemment politique. Le McCarthy du film est la transposition
d’un autre McCarthy, bien réel celui-là, qui a marqué au fer rouge le milieu du
cinéma américain des années cinquante. Connu pour son hystérie anti-communiste
et sa détestation de toutes celles et de tous ceux qui avaient la malchance, à
ses yeux, d’être jugés trop progressistes, le sinistre sénateur, de concert
avec la Commission des activités antiaméricaines de la Chambre des
représentants s’employèrent, entre 1950 et 1954, à lancer une chasse aux
sorcières, à pousser à la délation et à persécuter des acteurs, des
réalisateurs et des scénaristes dont nombre d’entre eux virent leurs carrières
brisées. Voir dans Silver Lode (Allan Dwan, 1954), ces faux marshals se
faire passer pour des représentants de la loi, et ce fugitif être obligé de
fuir une foule vindicative dans les rues d’une ville s’apprêtant à célébrer le
4 juillet, est tout à fait savoureux. Dans ce contexte, la cloche va donner une
dimension polysémique à la tragédie que va vivre Ballard, tragédie étroitement
associée à l’arrière-plan politique du film. Le plan est extrait de la séquence
finale au moment où au terme d’une chasse à l’homme, il se retrouve assiégé par
la populace, au sommet du clocher de l’église où il s’était réfugié. McCarthy,
menaçant, est face à lui, bien décidé à régler ses comptes.
Dans cet espace réduit, Ballard
est acculé, désarmé et blessé, comme un animal pris au piège. La cloche sert
dans un premier temps de bouclier pour le protéger des tirs de McCarthy. Concernant cet objet de cérémonie destiné en
temps normal à appeler les paroissiens au culte ou à célébrer n’importe quel
évènement liturgique, un spectateur profane et peu attentif n’y verrait qu’un
alliage de cuivre, de bronze, d’étain et de fer associés à un battant, la pièce
métallique qui heurte l’intérieur de la cloche lorsque celle-ci est mise en mouvement.
Pourtant, elle n’est ici en rien anodine parce qu’elle a tout de la Liberty
Bell, un des symboles de l’indépendance américaine situé à Philadelphie en
Pennsylvanie. Selon la tradition, elle sonna le 8 juillet 1776, alors que la
foule se rassemblait dans la cour du Capitole pour entendre le shérif de
Philadelphie lire la Déclaration d’indépendance. Sur le dessus était gravée une
phrase extraite du Lévitique : « Proclamez la liberté dans tout le pays
pour tous ses habitants ». Et c’est justement cela dont ne dispose plus
Ballard. Forcément coupable parce que soupçonné, l’accusation devenant preuve, Ballard
voit ses droits bafoués, personne ne l’écoute et ni le shérif, ni le juge ne savent
le protéger de l’hystérie collective qui s’est progressivement emparée des
esprits et que McCarthy sait habilement exploiter. Tous ces pharisiens, en
apparence paisibles, ne sont plus qu’une meute enragée, bien décidée à exercer
une justice populaire et à lyncher celui qu’ils admiraient encore au début de
la journée. La raison disparaît, et les institutions comme la mairie, le
tribunal et jusqu’à l’église apparaissent contaminées par cette violence foulant
aux pieds la liberté définie pourtant comme un droit inaliénable par la
Déclaration d’Indépendance et que la ville commémore justement à cet instant. Lorsque
Ballard trouve asile dans le clocher, il n’est soutenu que par deux femmes qui garderont
foi en lui : son ancienne maîtresse Dolly (Dolores Moran) et sa fiancée
Rose (Lizabeth Scott).
Mais la cloche peut aussi
sonner le glas pour les défunts. Elle préfigure dans ce cas la mort de McCarthy,
puisqu’une balle tirée par le hors-la loi va ricocher sur le métal pour le
frapper mortellement et précipiter sa chute du haut de l’escalier. Transformée
en instrument de justice, elle déjoue ironiquement les projets du truand. Ce McCarthy, avec son caractère retors et sa
jubilation mielleuse n’a rien de catholique, bien au contraire, il est un
imposteur, protégé par sa fausse étoile de marshal et incarne ce fascisme
s’installant dans toutes les démocraties, lorsque le sens commun n’est plus
partagé par tous. Dictateur au petit pied, habité par une violence nihiliste et
des pulsions de mort, il avait mis la ville sous cloche en coupant les fils du
télégraphe pour que personne ne puisse se renseigner sur la validité du mandat
d’arrêt. Pourtant la ville entière l’écoute, le croit alors que sous son masque
se tapit la sauvagerie et la loi du talion. Son autorité est feinte, mais irréfragable
et toujours péremptoire. Il est d’autant plus dangereux qu’il maîtrise parfaitement
la psychologie des foules, et sait que le mensonge est plus fort que la vérité –
tiens, suis-je bien en train de parler des États-Unis de 1954 seulement ? La cloche et le ricochet fatal permettent
alors ironiquement de faire triompher la liberté que McCarthy cherchait à taire
et à écraser. Mais celle-ci résonne pourtant dans un paysage sinistré. Plus
rien dès lors ne pourra être comme avant. Ce n’est pas la justice des hommes, –
et encore moins celle de Dieu comme le dira le pasteur quelques instants plus
tard –, ni le courage d’un héros qui, à l’instar de Will Kane (Gary Cooper dans
High Noon, Fred Zinnemann, 1950) aura triomphé du mal, c’est tout
simplement la chance ou le hasard, forcément imprévisible, qui sauveront
Ballard mais pas la ville et ses citoyens désormais marqués du sceau de
l’infamie.
Le propos d’Allan Dwan est
radicalement plus pessimiste que celui de Zinnemann, dont le scénario était lui
aussi irrigué par l’arrière-plan politique du maccarthysme. Will Kane a été
abandonné par une population plus lâche que vindicative, alors que Ballard a
été trahi par elle et menacé de lynchage. Silver Lode, en nous disant
que la démocratie repose sur du sable et sur une opinion publique volatile, est
l’égal de Fury (Fritz Lang, 1936) ou The Ox-Bow Incident (William
Wellman,1943), deux films qui dénonçaient déjà le risque totalitaire.
Merci à Bertrand Tavernier, qui dans le bonus du DVD m’a inspiré cette chronique.
Ces deux photogrammes
appartiennent à deux séquences différentes de The Big Combo (Joseph H.
Lewis, 1955) et dans lesquelles la bande-son d’une part, et son absence d’autre
part, revêtent une importance capitale.
Dans la première, le lieutenant
de police Leonard Diamond (Cornel Wilde à droite) se retrouve dans une cave
sordide, ligoté sur une chaise. Il vient d’être assommé et kidnappé par deux malfrats,
Fante et Mingo (Lee Van Cleef et Earl Holliman au centre), les hommes de main
cruels et brutaux de M. Brown (Richard Conte à gauche), un chef du crime
organisé, arrogant, sadique et imbu de lui-même. Lassé de l’obstination du
policier à le traquer et à vouloir le traduire en justice, Brown est bien
décidé, surtout depuis qu’il sait que Diamond convoite sa femme, à lui donner une
de ces leçons dont il a le secret. Quelques
secondes auparavant, il avait récupéré la prothèse auditive de son complice
malentendant Joe McClure (hors-champ à cet instant) pour l’introduire dans
l’oreille de Diamond. Avec une jouissance cruelle et un détachement glaçant, il
pousse le volume du haut-parleur au maximum, et se met à hurler à plusieurs
reprises dans le petit microphone. Des
milliers de têtes d’épingles infligent alors une souffrance indicible au tympan
de Diamond. Son cerveau se déchire, ses poumons implosent, et tout son corps ne
semble être qu’une masse affreusement endolorie. Lorsque Fante monte à son tour
le volume d’un poste de radio diffusant de la musique, et particulièrement un
solo de batterie tonitruant, le supplice reprend de plus belle. Le calvaire
dure un temps infini puisque les aiguilles d’une montre n’indiquent jamais ce
temps-là. Il y a quelque chose de monstrueux dans ces truands qui ne sont pas
de simples criminels, mais des démons sortis tout droit de l’enfer, sortis de
ce monde couleur de ténèbres, à l’image de leurs âmes dépravées et de leurs pulsions
mortifères. Le noir très stylisé du directeur de la photographie John Alton
englobe le visible et l’invisible dans une même réalité cauchemardesque. Le Caravage
n’est pas loin dans ce noir dense et compact, dans cette pénombre extrême qui
ne laisse rien distinguer, sinon le néant. La profondeur de champ volontairement
réduite et l’absence d’arrière-plan ne font qu’accentuer la dimension tragique
et claustrophobique de la scène.
Dans la seconde séquence, McClure,
l’ancien patron de M. Brown, devenu comparse au rabais, porte donc son appareil
auditif. Pensant que le règne de ce dernier touchait à sa fin, il avait cru
persuader Fante et Mingo de se débarrasser du parrain. Mais le complot fait
long feu. C’est finalement Brown qui, plus froid qu’un bloc de glace, ordonne
aux tueurs de liquider McClure dans un entrepôt sombre, baigné par une lumière
blafarde. Là aussi, le premier se délecte de la peur qu’il inspire au second. Il
prend plaisir à tourmenter jusqu’au bout celui qui n’a plus que quelques
instants à vivre. Pour adoucir sa mort, le caïd propose alors, d’une voix
sardonique, de lui retirer son appareil auditif. « Je vais te rendre un service.
Tu n’entendras pas les balles ». Et aussitôt, toute compassion pervertie bue, il
arrache d’un geste brusque l’oreillette de McClure pour le plonger - et nous
avec - dans un silence intégral, aussi profond que la nuit environnante, aussi abyssal
que le gouffre qui s’ouvre devant lui. Adossé contre un mur en tôle ondulée, le
regard fixe, l’air hébété, tel une bête blessée, celui-ci entend peut-être une
petite voix intérieure lui dire que la fin est proche et que son corps ne lui
appartient plus. Probablement voit-il aussi toute sa vie défiler devant ses
yeux, comme on le dit toujours un peu rapidement. Sans doute voudrait-il courir
si ses jambes ne se dérobaient pas sous lui, incapables d’obéir à l’ordre que
son cerveau ankylosé essayait de leur transmettre. Pris d’un effet de
sidération, il ne bouge plus, vulnérable et résigné, comme hypnotisé par la toute-puissance
de Brown. Il n’y a désormais plus de repères, plus d’espoir, plus rien, sauf
les deux tueurs devant lui, leurs yeux brillant dans l’obscurité et leurs mitraillettes
solidement calées dans leurs mains, prêts à exécuter leur sinistre besogne aux
côtés d’un patron, qui, rictus mauvais aux lèvres, s’apprête à jouir du
spectacle. Et soudain des éclairs en forme de staccato jaillissent des mitraillettes,
faisant voir - et non entendre puisque la bande-son a disparu pour mieux souligner
le malaise du moment - un déluge de feu aussi nauséeux qu’une exécution
capitale. Puis les tirs cessent pour laisser la place à l’inconnu au cœur des
ténèbres.
En une décennie, avec My Name
is Julia Ross (1945), So Dark the Night (1946), Gun Crazy
(1950) et The Big Combo (1955), le regard singulier de Joseph H. Lewis
sur le film noir se nourrit autant de la mythologie du genre que d’une
inventivité dans la mise en scène régulièrement envisagée comme un terrain
d’expérimentation visuelle et sonore. Avec un expressionnisme visuel porté à
son paroxysme, un tropisme pour le sexe et la violence, un sens aigu du cadrage,
des angles de prises de vue, de la prise de son et du déplacement de la caméra,
Lewis transcende les moyens de production limités mis à sa disposition pour
faire de ses films d’authentiques chefs-d’œuvre - Gun Crazy et The
Big Combo tout particulièrement - que porteront aux nues les réalisateurs
de la Nouvelle Vague en France, mais aussi, aux États-Unis, les Penn, Scorsese,
Coen ou Tarantino.
Dans The Killing
(Stanley Kubrick, 1956), George Peatty (Elisha Cook Jr) et son épouse Sherry
(Marie Windsor) ont des rêves qui se révéleront être le contraire de ce qu’ils
avaient imaginé. Précisons d’emblée que leurs rêves ne s’accordent pas. Le
premier pense avoir très bientôt une grosse somme d’argent et ne résiste pas à
l’idée d’annoncer à sa femme qu’ils vont devenir riches grâce à sa
participation au braquage de l’hippodrome dans lequel il travaille. Mise dans
la confidence, la seconde va chercher à lui subtiliser le butin pour partir les
poches pleines avec son amant. Ce couple à plus d’un titre totalement
antinomique intègre tous les éléments du noir dont Jim Thompson, responsable
des dialogues, mais aussi d’une partie du scénario - même si Kubrick s’en
attribua tous les mérites -, irriguait tous ses romans. James Harris, le
producteur du film, n’avait-il pas dit : « Jim Thompson a probablement
écrit chacune des scènes comme il aurait écrit le chapitre d’un livre. Stanley
ensuite se chargeait de mettre ça sous forme scénarisée »[1]. Et, dans cette séquence,
leurs écritures conjointes offrent une plongée en apnée dans les recoins les
plus sombres de la psyché humaine.
Sherry est au premier plan
et attire toute notre attention. Son attitude arrogante et condescendante souligne
la prédatrice en elle. Archétype de la garce certifiée – ressemblant beaucoup au
rôle d’Edna Tucker, l’épouse perfide et infidèle d’un mafieux que Marie Windsor
avait déjà tenu dans Force of Evil d’Abraham Polonsky (1948) – et à
peine son mari rentré du travail, elle déverse immédiatement sur lui un torrent
d’ironie et de sarcasmes. Elle le hait parce qu’elle le juge terne, timoré et
gagne-petit. Le verbe haut, elle manie les mots comme on manie une mitraillette,
par rafales successives. Venimeuse, cupide, cynique et cruelle jusqu’à
l’écœurement, aussi froide qu’une pierre tombale, elle passe le plus clair de
son temps confortablement couchée sur le canapé, à se glisser et à rester
toute la journée - la lumière de fin d’après-midi diffusée par les lattes
ajourées de la persienne suggère cela - dans son déshabillé au décolleté plus
qu’indiscret, et ne s’en extrait que pour se maquiller, s’habiller et rejoindre
son amant. Sa position horizontale n’est pas une invitation aux plaisirs de
l’amour, mais une manière d’être, totalement désinhibée, une manière de tout
vouloir sans rien faire. Maîtresse du jeu de domination auquel elle se livre, Sherry
se délecte de la souffrance qu’elle fait subir à George et jouit du rapport de force qu’elle lui impose. Alors qu’elle ne sourit jamais, sinon
d’un sourire d’alligator, elle finit, à l’annonce de ce que lui dit George, par
lever la tête pour s’éveiller, prête à le manipuler et à intriguer contre lui. Kubrick
filme ici un couple improbable tenant davantage du reptile et de la souris que
des inséparables. Femme fatale sans états d’âme ni scrupules, mais toujours de
tête, comme l’étaient déjà Brigid O’Shaughnessy (Mary Astor dans The Maltese
Falcon de John Huston, 1941), Phyllis Dietrichson (Barbara Stanwyck dans Double
Indemnity de Billy Wilder, 1944) ou encore Claire Quimby (Audrey Totter
dans Tension de John Berry, 1949), Sherry est une créature monstrueuse dans
la grande tradition du film noir.
George, quant à lui, tient
donc un guichet de paris dans un hippodrome. Plus petit que Sherry (l’acteur
mesurait un mètre soixante-cinq alors que Marie Windsor mesurait un mètre soixante-quinze),
placé à l’arrière-plan du cadre, il est immédiatement infériorisé par la
position de la caméra en légère contre-plongée. La diagonale reliant leurs
regards permet de confirmer le déséquilibre et la tension existant dans ce
couple désaccordé. Soumis jusqu’au masochisme, plus pitoyable que brave type, George,
avec ses yeux qui roulent dans tous les sens et son air à la fois résolu et
suppliant est hypnotisé par le corps sculptural inaccessible de sa femme. Kubrick et Thompson le décrivent comme un
être faible – ce personnage rappelle celui d’Harry Jones, un piètre criminel, déjà
interprété par Cook Jr dans The Big Sleep (Howard Hawks, 1946) –, pathétique,
encaissant sans broncher ou à peine, le mépris dont il est l’objet. Tout à son
désir inassouvi de prouver à Sherry sa virilité et sa capacité à satisfaire ses
besoins matériels et charnels, le caissier ne se rend pas compte qu’il n’est
qu’un accessoire, une marionnette, entre les mains d’une femme séduisante,
exigeant de lui manifestement plus qu’il n’est capable d’offrir. Sa tragédie
est ainsi celle d’un homme otage de sa médiocrité, soumis aux tourments de la
frustration et à la recherche désespérée d’une reconnaissance intime et sociale
qu’il n’a jamais eue et qu’il n’aura jamais, puisque la fatalité - un thème cher
à Fritz Lang dont Kubrick reconnaîtra très tôt l’influence - en décidera
autrement. Dans cette séquence qui mêle
sexe, pouvoir et argent, George est une victime perpétuelle de circonstances
qui le dépasse. À travers lui, les lecteurs de Jim Thompson reconnaîtront une part
de Carl Bigelow, le personnage principal de Savage Night (1953)[2] : un mètre cinquante,
chaussures compensées comprises, d’allure juvénile, tuberculeux et convoitant
des femmes qui ne sont pas faites pour lui. Comme un éternel recommencement
pour un écrivain dont l’obsession pour la contemplation nihiliste de la déliquescence
humaine ne pouvait que rejoindre le tropisme pour l’abîme et le mal du futur
réalisateur de Paths of Glory (1957), Dr Strangelove (1964) ou Shining
(1980). Pour eux, l’être humain est intrinsèquement maudit, voué au pire, victime
de lui-même et sans espoir de rédemption.
Dans cette relation toxique
et autodestructrice, où la bêtise de l’un n’a d’égal que l’amoralité de l’autre,
George et Sherry, comme habités par l’ombre de la mort, marchent sur un sol
sans savoir qu’il est en train de se dérober sous leurs pieds. En devenant les
proies de l’impitoyable réalité du monde, ils apprendront à leurs dépens que le
libre arbitre n’existe pas et ne réaliseront la symétrie de leur destin funeste
que lorsqu’il sera trop tard. Et c’est
encore leur perroquet parleur qui, de l’intérieur de sa cage, métaphore bien comprise
du désir d’évasion empêché du couple, lancera à bon escient dans un
criaillement au débit saccadé « Watch out there… Watch out… Ain’t fair … Ain’t
fair … ».
[1]
Cité dans Jim Thompson.
Coucher avec le diable de Michael McCauley, éditions Rivages/écrits noirs,
1993, p.283. Précisons aussi que Kubrick et Thompson ont travaillé à partir
d’un roman policier, Clean Break, de Lionel White (1955).
[2] Nuit
de fureur dans sa
traduction française. Toute l’œuvre de Jim Thompson est
disponible aux éditions Rivages/Noir.
2
« J’aimais beaucoup les
Wheeler. Un peu farfelus à mon goût, un peu névrosés. J’avoue qu’ils étaient
souvent désagréables, à plus d’un titre. D’ailleurs, la petite maison s’est mal
vendue, parce qu’ils l’avaient terriblement négligée. Fenêtres gondolées, cave
humide, gribouillis sur les murs, poignées et tuyauteries encrassées…» dit
Helen (Kathy Bates, photogramme 1) à son mari Howard Givings (Richard Easton,
photogramme 2) dans la dernière séquence de Revolutionary Road (Sam
Mendes, 2008).
Dans les États-Unis des
années 50, la vie de banlieue a les atours d’un cauchemar éveillé. Bien
confortablement assise dans un sofa, caressant mécaniquement son chien, Helen discourt,
médit, potine sur ses anciens voisins. Agente immobilière, elle s’était liée
d’amitié avec le couple Frank et April Wheeler (Leonardo DiCaprio et Kate
Winslet) auquel elle avait vendu une maison dans une banlieue tranquille du
Connecticut. Fascinée par ces jeunes gens en apparence parfaits et épanouis en
lesquels elle voyait l’incarnation accomplie du rêve américain, elle n’avait
pas hésité à les fréquenter et à s’inviter chez eux à de nombreuses reprises en
compagnie de son mari et de leur fils mentalement perturbé. Helen considérait
les Wheeler comme des personnes exceptionnelles, promises à un brillant avenir.
Mais elle ne voyait que le côté pile de cette cellule familiale extérieurement
sans histoires. L’envers du décor apparaît nettement plus désenchanté : la
monotonie du travail de bureau de Frank, l’échec artistique d’April se rêvant actrice
de théâtre, une banlieue asthénique, un quotidien aliéné par la routine de la
vie domestique, une vie conjugale anémiée, des rencontres adultérines et finalement
un avortement qui coûtera la vie d’April et le déménagement de Frank.
En face d’Helen, Howard lit
tranquillement son journal, assis dans un fauteuil (photogramme 2). Après lui avoir rappelé
qu’elle aimait beaucoup les Wheeler et ne supportant plus son bavardage, il porte
la main dans la poche de sa chemise pour baisser lentement le volume du microphone
relié à sa prothèse auditive jusqu’à ce qu’un silence complet, lourd mais assourdissant,
s’installe dans l’image. La bande-son désormais muette laisse alors toute sa
place à Howard que la caméra de Mendes filme dans un lent travelling avant. Le
visage impassible du vieil homme exprime alors un malaise intérieur, un sentiment
autant de pitié que d’aversion vis-à-vis de son épouse hypocrite et fielleuse qui
ne réalise pas que l’échec du couple Wheeler fait aussi écho au sien. Les
Givings sont, de la même manière, un couple emprisonné dans un conformisme
insidieux et une grisaille consumériste, un couple piégé dans un mariage devenu
un fardeau. Ils font « comme si » et lui tout particulièrement. Ses yeux fixes et
froids témoignent de sa résignation, de son enlisement dans les habitudes d’une
vie devenue ordinaire. Demain sera un autre jour, toujours le même, encore et
encore, et peu importe puisque de toute façon il n’attend plus rien. Le silence
aidant, peut-être rêve-t-il à ce moment où il n’était pas encore vieux, où il
voyait des horizons qui vibraient, avec des éclats chatoyants qu’il colorait à
son gré. Mais non, il ne rêve plus depuis longtemps, et particulièrement plus de
son épouse, ou alors peut-être quelques fois, par inadvertance ou effraction,
mais d’Helen avant leur mariage, il y a si longtemps quand il y avait encore du
soleil.
Après American Beauty
(1999) et sur le même ton que Sophia Coppola (Virgin Suicides (1999),
Sam Mendes approfondit sa vision mortifère d’une classe moyenne américaine
sous anxiolytique. L’obsession du statut social, les tensions entre le
changement et la sécurité matérielle, les destins prédestinés de chacun, comme
si tout était écrit d’avance, sont au cœur de son film. La révolution dans Revolutionary
Road est toujours vouée à l’échec. Il ne reste alors qu’une frustration
amère d’où suintent l’ennui et le désespoir.