dimanche 25 avril 2021

L'homme de main chez Francis Ford Coppola

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Garde du corps d'une fidélité sans faille, homme de confiance et de l'ombre, âme damnée de Michael Corleone (Al Pacino), Al Neri (Richard Bright) est le tueur chargé de toutes les basses besognes du Don qu'il sert avec un zèle taiseux. Dépositaire de tous les secrets de la famille Corleone, il est l'un des quatre personnages qui traversent – de manière inégale – le triptyque du Parrain de Francis Ford Coppola après Michael le chef de famille, sa sœur Connie Corleone (Tania Shire) et sa femme, Kay Adams-Corleone (Diane Keaton). Al Neri a dans Le Parrain, 2e partie (The Godfather: Part 2, 1974), une présence inversement proportionnelle aux rares dialogues qu'il prononce. Coppola le filme dans le champ, et le plus souvent en arrière-plan, dès que Michael apparaît et particulièrement lors de cette séquence concernant la veillée mortuaire de Carmela Corleone, la mère du Don. Au premier plan du photogramme 1, Fredo Corleone (John Cazale), le frère ainé, est assis, la tête basse, le coude appuyé sur une table, fumant une cigarette pour apaiser sa douleur. Récemment chassé du domicile familial par Michael en raison des liens tissés à son insu par des concurrents des Corleone, il ne sait pas que sur l'ordre de Michael, Neri a été chargé de l'assassiner après le décès de leur mère. À la demande de Connie qui cherche à réconcilier ses deux frères, Michael est en train de s'approcher de Fredo pour lui donner le baiser de Judas (photogramme 2). Tout est net dans le plan pour bien montrer les liens qui existent entre les trois hommes : le commanditaire du meurtre, la victime et le tueur.  Autour d'eux, personne ne se doute du drame à venir. Tout au long de cette séquence, entre le recueillement de la parentèle autour du corps de Carmela et la part secrète de la transaction qui unit Michael à Neri, s'insinue l'effroi fratricide et l'insondable incapacité de Michael à envisager le moindre pardon pour Fredo. Le regard tout en contrôle qu'il porte à Neri à ce moment-là ne prête à aucune équivoque et reste l'ultime réponse d'une autorité qui ne sait pas encore que la mise à mort de son frère va le hanter toute sa vie. Tous ces éléments donnent au cadre une dimension mortifère dans laquelle l'exécuteur des basses œuvres du Don est mis à nu (photogramme 3), vampirisé par cette absolue nécessité de légitimer ses fonctions. Personnage faustien, le visage inexpressif et sans état d'âme, il est une figure du mal et l'incarnation des rapports de vassalité qui unissent tous ceux qui gravitent autour de la famille Corleone. Cette soumission et cette fidélité normalisent naturellement le meurtre de Fredo dont l'accomplissement ne saurait tarder. Mais en dépit de cette proximité qu'il partage avec Michael, Neri ne nourrit aucune autre ambition que celle de servir son seigneur et maître. Tout à la fois homme de la périphérie et du premier cercle, il sait qu'elle est sa place et reste ce bras armé, cette prolongation muette du caractère implacable et impitoyable de son patron désormais marqué au fer rouge par le signe de Caïn.  



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