samedi 24 avril 2021

L'épilogue chez Francis Ford Coppola

1
2
3

L'épilogue du Parrain, 3e partie (The Godfather: Part 3, Francis Ford Coppola, 1990), ultime séquence des trois volets de cette œuvre monumentale qu'est la saga de la famille Corleone est aussi tragique que dérisoire.  Légèrement décentré dans le cadre, l'ancien chef omnipotent de la mafia Michael Corleone (Al Pacino) est au crépuscule de sa vie, seul, le corps flétri et usé, assis sur une chaise dans la cour de la résidence sicilienne de Don Tommasino, un ancien allié mafieux (photogramme 1). Ce vieillard qui a tenu autrefois le monde entre ses mains pour bâtir un véritable empire du crime, ne tient plus, de sa main gauche, qu'une canne, prothèse désormais indispensable pour assurer sa démarche que nous imaginons claudicante. La scène paraît recouverte d'un voile qui édulcore les couleurs en dépit de la lumière sicilienne et d'un soleil au zénith. Michael vient de mettre des lunettes de soleil, et ce geste apparaît capital puisqu'il métaphorise de manière dérisoire et vaine son refus de voir qu'il a perdu depuis longtemps les trois femmes qu'il a aimées et le fils qui a refusé de travailler à ses côtés : Appollonia Vitelli-Corleone (Simonetta Stefanelli), sa première femme sicilienne, Kay Adams-Corleone (Diane Keaton), sa deuxième femme américaine, Mary Corleone, sa fille (Sofia Coppola) et Anthony Corleone (Franc d'Ambrosio), les deux enfants qu'il a eus avec Kay. Appolonia et Mary ont été assassinées par la faute de Michael, Kay a divorcé et Anthony a choisi une carrière de chanteur d'opéra, loin des affaires sulfureuses de son père. Mais par-dessus tout, l'ancien Don est hanté par le poids de cette tache indélébile qui l'écrase, cette culpabilité toujours renouvelée d'avoir commandité autrefois l'assassinat de son frère Fredo, crime dont il ne s'est jamais remis et qu'il ne pourra effacer que par sa propre mort. Au premier plan, le puits, associé aux arbres et à la haie végétale longeant à l’arrière-plan une maison en pierre, bloquent toute perspective pour composer une nature morte noyée dans un silence frémissant. Tout apparaît figé dans cet espace et ce temps suspendu qui ne guérit pas les blessures. Cadrant ce décor, la caméra se tient loin de l’ancien Parrain pour contribuer à tenir notre regard à distance et mieux souligner l’extrême solitude de Michael. Celui-ci semble accepter et même attendre cette mort toute proche parce qu’il l’a trop souvent fréquentée, trop souvent commanditée pour les autres. Et puis sans bruit, Michael s'affaisse (photogramme 2) et finit par tomber en renversant sa chaise dans sa chute (photogramme 3), alors qu'un chien se rapproche du corps sans vie. Cette silhouette étendue sur le sol, réduite à rien dans ce décor de pierres, de cailloux et de végétaux, renvoie, de manière tragique et pathétique, à la mort du colonel Kurtz (Apocalypse Now, Francis Ford Coppola, 1979), cet autre démiurge fatigué de la vie et dépouillé de sa puissance. S’est-il rendu compte qu’il a été toute sa vie le jouet de sa propre vanité et de son hubris réduit désormais à néant ? En quête de rédemption pour effacer la déchéance morale liée au meurtre de son frère, ayant échoué à léguer son héritage à son fils - comme l’avait fait son père avec lui - en dépit de la transmission du flambeau de la famille Corleone à son neveu Vincent (Andy Garcia), Michael n’a obtenu que la vacuité tragique d’une vie vouée au néant.





Aucun commentaire:

Publier un commentaire