Danemark, mai 1945. Sur une plage comme il y en a
tant dans ce pays libéré par les Britanniques, sous un ciel immense, et devant
la mer au loin, inaccessible, un groupe de jeunes prisonniers allemands, âgés
de 15 à 18 ans et rescapés du Volksturm, (la milice populaire créée par Hitler
en 1944) est chargé de déminer un espace dans lequel ont été enfouies par les
troupes du Reich, des milliers de mines terrestres. Dans Les oubliés (Unter dem Zand
de Martin Zandvliet, 2015), ce cadre géographique, particulièrement anxiogène,
est quasiment un huis clos à ciel ouvert. Rampant avec de multiples
précautions, ces adolescents sondent le sable avec une tige en métal, à
l’écoute du moindre impact. Ces mines invisibles, tapies quelques centimètres
sous leurs corps n’attendent qu’une vibration pour enclencher le détonateur qui
entraînera fatalement de graves mutilations, voire la mort. Encore revêtus de
leurs uniformes, alors que les canons se sont tus en Europe, ils poursuivent
malgré eux une guerre, loin de leurs foyers et de leurs souvenirs. Comme s’ils
devaient expier les crimes de la génération de leurs parents, ces soldats
d’infortune doivent supporter la haine des Danois qui ne voient en eux que des
rejetons ayant été enfantés par un régime criminel. Forcément coupables, bien qu’à peine nés au
moment de la prise du pouvoir par Hitler, le 30 janvier 1933, et littéralement
écrasés par cette faute originelle, ils doivent racheter toute une nation qui
s’était jetée dans les bras d’un homme, entraînant vers l’abîme leur pays et
tout un continent. Dans un silence sépulcral, l’horreur de l’enfermement, la
peur précédant chaque nouvelle reptation et l’attente de l’explosion s’opposent
à un cadre géographique en apparence bucolique constitué de plages de sable fin
s’étendant jusqu’à la fin des temps pour se fondre enfin dans la mer du Nord. Résonnant
autrefois des rires et des cris des vacanciers, ce littoral est désormais
devenu un espace vide et répulsif, un champ de bataille sur lequel ces
adolescents affrontent, en ligne, la mort à mains nues. Mort subite, mort en
sursis, mort future, l’inéluctable devient le quotidien de ces silhouettes sur
fond blanc. Le regard que pose Martin Zandvliet sur ce sujet est sans
concession puisque la violence physique et morale est utilisée ici pour
justifier le retour à la normale pour une population danoise éprouvée par cinq
années d’occupation allemande. Il n’y a – à priori - pas de pardon possible pour les enfants du
nazisme.
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